L’homme face au Deuil

La douleur provoquée par la mort d’un proche s’accompagne souvent d’incompréhensions, elle touche indifféremment les femmes et les hommes. Mais comment ces derniers parviennent-ils à exprimer  leur peine dans l’étroit champ d’expression que la société leur accorde ?

L’émotion est présente, même si elle ne s’exprime pas de la même manière

La grande majorité des hommes touchés par le décès d’un proche réagissent en taisant leurs pensées et leurs émotions. Ils donnent l’impression de ne pas avoir besoin d’exprimer et de partager ce qu’ils ressentent. Ce n’est bien sûr pas le cas mais ils sont souvent perçus par leur entourage comme «insensibles ».

Ces reproches qu’on leur adresse pour les faire réagir les blessent en silence et ne font qu’accentuer leur réticence à s’exprimer. Du point de vue de la société, l’homme a une responsabilité différente de celle de la femme : il se doit de se montrer plus fort et de porter sa famille dans l’épreuve. Ainsi, il s’autorise rarement à dévoiler ses émotions les plus profondes. Tout cela n’encourage pas l’expression des ressentis intimes, mais ils n’en restent pas moins vivaces et intenses à l’intérieur…

Par exemple, contrairement aux femmes, peu d’hommes pleurent en public. Ils vont craquer seuls dans leur voiture, en frappant sur les vitres de colère. Ils ne ressentent pas le besoin de partager leur souffrance comme les femmes.

La douleur dans l’agir

La plupart des hommes trouvent plus facile de vivre le deuil seuls. D’ailleurs, on constate que les hommes se rendent plus fréquemment sur la tombe de leurs proches  et souvent en secret, sans en parler à autrui, pas même à leur épouse. Le cimetière est, pour beaucoup, un lieu de recueillement, de réflexion, de larmes, de partage intime avec la personne disparue. C’est souvent là, dans cette présence solitaire, que se déroule le deuil au niveau émotionnel.

Alors que la femme s’exprime par des mots et par le partage des émotions, l’homme, lui, s’exprime par des actes. Il peut par exemple avoir besoin d’une activité physique intense pour canaliser sa douleur (aller courir, se lancer dans de grands et épuisants travaux).

Il peut également vouloir passer à l’action au niveau légal, si la situation le demande : un procès contre un service hospitalier, un accident qui implique la responsabilité d’un tiers…

Il en va de même de l’activité professionnelle dans laquelle un homme peut s’engouffrer dans des moments difficiles. Il est faux de croire que cela l’empêche de « faire son deuil ». C’est une stratégie comme une autre pour faire face à la douleur. L’activité professionnelle intense aide à structurer la pensée, à se ré-ancrer dans le quotidien connu et sécurisé du monde professionnel, en contraste avec le climat de souffrance du domicile. La douleur n’est donc pas étouffée, elle est simplement « contenue », même si, extérieurement, elle semble refoulée.