Elle vit tous les jours avec moi

Il  y a bientôt un an, j’ai perdu ma grand-mère d’un AVC foudroyant. Je n’en parle à personne depuis bientôt un an car je n’y arrive pas.

Ma grand-mère c’était moi et elle, c’était moi. Nous étions si proches que nous n’avions pas besoin de nous parler pour nous comprendre. Pour moi, c’était ma meilleure amie, ma confidente, la femme que j’aspire à être.  Moi j’étais son trésor, j’étais tout pour elle (nous sommes toute fille unique dans la famille, elle, ma mère et moi). Trois générations et un triangle infernal puisque la relation que j’avais avec elle est très différente de celle que j’ai avec ma mère. Nous nous disputons sans arrêt et ma grand-mère avait le don de savoir nous parler et nous apaiser.

Aujourd’hui tout est différent, c’est très difficile de vivre sans ma grand-mère. Tout d’abord, j’ai fait un complet rejet de son départ : le 8 mars 2011 à 21h30 ma mère m’a appelée et m’a dit que ma grand-mère a fait un AVC. Plus aucun son n’est sorti de ma bouche, j’étais pétrifiée, puis je me suis mise à trembler, à poser des questions sur son état, sur ce qu’il fallait faire. J’ai décidé sur le coup de me rendre chez elle : je l’ai vue alors prise en charge par les pompiers, allongée par terre en plein massage cardiaque inanimée. J’ai hurlé, je ne pouvais pas y croire, je me suis dit qu’elle allait revenir. Et puis le médecin au bout d’une heure d’efforts nous a annoncé la mauvaise nouvelle. A  partir de ce moment là, j’ai déconnecté mon cerveau et ma vie s’est suspendue. Depuis je vis son départ au ralenti.

Pendant ces 11 derniers mois, j’ai vécu mon deuil au jour le jour sans en parler, sans un bruit, je ne peux même pas en parler avec ma mère car elle doit gérer mon grand-père qui est âgé et qui ne comprend pas tout. Elle gère également le quotidien, les papiers et ne me remarque même plus. De mon côté, je souffre et je ne sais pas comment faire.

Je me dis que j’ai passé certains stades mais que je n’accepte toujours pas, que je ne comprends pas. Quand quelqu’un est malade et qu’il décède, on en veut à la maladie qui nous a enlevé la personne qu’on aime, mais dans le cas d’un AVC que faire ?

Au début j’étais persuadée que j’allais mourir rapidement (j’avais 23 ans) parce que vivre avec cette injustice, ça n’était pas possible. Et puis le temps est passé. Dans un mois,  cela fera 1 an qu’elle est partie. Accepter cet état de fait ça voudrait dire que tout cela est réel et pour moi c’est impossible. Elle vit tous les jours avec moi, je pense à elle tout le temps et elle me manque.