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Entretien avec un conseiller funéraire

entretien avec le conseiller funeraire damien sergent

En ce jeudi 5 août 2010, nous avions rendez-vous avec un conseiller funéraire dans le 15e arrondissement de Paris. Damien Sergent travaille depuis plusieurs années en agence. Il est régleur de convoi ou conseiller funéraire. Ou croque mort, évidemment. Un terme que ses amis emploient pour le taquiner.

Considérez-vous ce métier comme une vocation ?

Non pas vraiment. Mais il faut bien sûr un certain dévouement, être disponible en continu. Avec les contraintes de permanence, nous devons être disponible 24/24h et 7/7j. Les imprévus ponctuent nos journées et nos nuits donc il faut vraiment aimer ça. Par exemple, quand nous sommes de permanence téléphonique, nous devons être disponible à tout moment. Quelqu’un qui n’est pas fait pour ce métier s’en rend compte immédiatement.

Auriez-vous pu exercer un autre rôle dans cette branche ?

Oui car je suis assez polyvalent. J’aime changer de rôle parfois, me rendre sur le terrain, etc. Par contre je n’aurai jamais pu être thanatopracteur. J’ai une collègue qui fait ce métier et elle n’aurait pas pu être conseiller funéraire car le contact avec les familles est trop direct. Nous avons tous une spécialité.

Comment ce choix s’est-il imposé à vous ?

Je cherchais du travail et j’avais été en contact avec des Pompes Funèbres au décès d’un proche. J’ai trouvé le travail d’organisation et les aspects techniques intéressants. Le côté relationnel m’a évidemment beaucoup attiré également. Ce métier ne nécessite pas de diplôme mais j’ai tout de même fait une formation 96h conseiller funéraire. Cette formation devient petit à petit obligatoire.

A quels problèmes êtes vous confrontés ?

Au début je n’étais vraiment pas à l’aise face aux familles. C’était délicat car ce n’est pas quelque chose de naturel. Organiser des obsèques est vraiment un coup de main à prendre. Chaque famille est différente dans sa façon d’appréhender le deuil et l’organisation. Il faut donc s’adapter et apprendre rapidement.

Est-ce pesant d’être en constante relation avec des personnes en deuil ?

Non mais certains cas sont difficiles. Les parents qui viennent après le décès d’un enfant ou d’un nouveau-né par exemple. On ne s’y habitue jamais, c’est toujours très délicat.

Quelles sont, selon vous, les plus grandes qualités d’un conseiller funéraire ?

L’organisation est la qualité première. Il faut savoir cadrer, régler un convoi. Le côté relationnel joue évidemment un rôle important. Il faut être capable de prendre en compte les besoins des gens et pouvoir les conseiller. Ils veulent de plus en plus imposer leurs choix mais ce n’est pas si facile. Nous dépendons des disponibilités du prêtre, du crématorium. Les contraintes sont multiples et il faut leur expliquer sans les impatienter.

Quel comportement adoptez-vous face aux endeuillés ?

Le plus naturel possible. Il arrive parfois que ça se déroule avec légèreté. Nous rions ensemble du début à la fin. Mais il y a également des conflits au sein des familles, des personnes qui ne sont pas d’accord sur les choix et là il faut rester neutre tout en essayant de les conseiller le mieux possible. Mais je ne me mets pas forcément à leur place. Ils sont dans un état de choc, il ne faut pas les brusquer mais il ne faut pas non plus les laisser s’abandonner (pleurs, agressivité). Le deuil est un long cheminement et les obsèques sont une étape dans ce travail. Mon rôle est de régler le convoi et de faire en sorte que la cérémonie se passe du mieux possible. Je comprends leur douleur, ayant moi-même connu un deuil, mais je ne leur en parle pas. Il ne faut pas confondre les rôles.

Comment appréhendez-vous le quotidien ?

Très bien. Certains soirs sont difficiles, évidemment. Mais ça passe vite. On ne peut pas faire ce métier si l’on est dépressif. Et il est primordial de faire des coupures. Une fois que la porte de l’agence est fermée, il faut immédiatement passer à autre chose. On ne peut pas se permettre de se souvenir. Il faut effacer les visages que l’on voit. Si l’on garde en soi, en mémoire, on ne peut pas tenir. Au début, j’avais parfois des flashbacks mais j’ai dû me battre contre. Quand nous sommes envoyés récupérer les corps dans des affaires criminelles, la vision est parfois insoutenable.

Avez-vous acquis, au travers de votre métier, un certain recul sur la mort et l’absence ?

Oui, je pense que j’ai moins peur face à ma propre mort.

 

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